Le témoignage de Yann

Yann, cinquième génération de l’entreprise familiale dans le domaine de la logistique, consacre un tiers de son temps à sa fondation.

Issu d’une entreprise familiale européenne, Yann cherche avant tout à être cohérent avec lui-même et avec ses convictions. Très vite, il se rend compte qu’il doit équilibrer sa vie d’entrepreneur avec une implication dans le monde social. « Venant d’un milieu privilégié, je ne voulais pas passer ma vie à ne penser qu’à gagner plus d’argent sans contribuer à faire un monde plus équitable. Lorsqu’on a conscience de ce qui se passe autour de soi, c’est très dur de vivre sa vie tranquillement, de gagner chaque année un peu plus, et de se laisser vivre, alors que l’injustice et les inégalités sont criantes. En tant qu’entrepreneurs, nous avons la responsabilité de travailler au développement d’une société plus juste. »

Dynamique et entreprenant, Yann décide alors de s’investir dans le social en gardant toujours en tête cette phrase de Gandhi : « Vous devez être le changement que vous souhaitez voir en ce monde ». Sans attendre, le jeune homme s’implique très concrètement dans ses projets : il fait des voyages, rencontre les acteurs d’organisations bénéfi ciaires, se fait lui-même une idée des actions à mener en se rendant sur le terrain. Une volonté d’agir avec toute l’énergie de sa jeunesse : « Si l’on commence trop tard, on n’a pas le temps de faire évoluer la manière dont on voit les choses. C’est une longue quête. Il faut juste savoir démarrer, sans trop réfléchir, et suivre ses idées et ses convictions. Ensuite, notre vision évolue de plus en plus clairement ». Une démarche qui a donné naissance, il y a six ans, à sa propre fondation en faveur des enfants. Laquelle a évolué vers les secteurs de l’éducation des filles et de l’émancipation des femmes. Malgré les apparences, ce trentenaire n’avait pourtant pas, au départ, une conception claire de la forme à donner à son engagement philanthropique. « Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire ni de ce que je pouvais apporter. Je voulais juste ne pas agir trop loin de chez moi pour pouvoir m’y déplacer souvent et être capable de communiquer avec les gens sur place. Grâce à un réseau d’entrepreneurs dont je faisais partie, j’ai pu organiser un voyage de découverte au Maroc et rencontrer plusieurs associations qui agissaient dans le secteur social. C’est finalement par pure coïncidence que je me suis retrouvé dans ce pays. » Aujourd’hui pourtant, ce sont des dizaines de femmes qui bénéficient des programmes de scolarisation, d’émancipation, d’insertion sociale et professionnelle qu’il a contribué à mettre sur pied. Et du Maroc, son action s’étend désormais au pourtour méditerranéen, et même jusqu’en Asie. Présent également dans l’entreprise familiale, Yann ne consacre pas moins d’un tiers de son temps à ses activités philanthro piques. Une situation qu’il a fallu faire accepter à sa famille, ce qui n’est pas allé complètement de soi : « Je suis issu d’une famille qui possède une entreprise de logistique créée à la fin du XIXe siècle. Je fais partie de la cinquième génération. Mon père gère notre entreprise familiale depuis 40 ans. Bien sûr, il aurait souhaité que je le rejoigne à plein temps pour reprendre le flambeau. Mais ce n’était pas évident pour moi. Le transport, la logistique, le stockage, je ne voulais pas faire que cela, je ne suis pas un gestionnaire mais un entrepreneur. Ce que j’aime, c’est identifier des opportunités et transformer les idées en projets concrets. Et, surtout, ne pas faire tous les jours la même chose ! J’ai donc commencé, en parallèle du temps consacré à l’entreprise familiale, à développer mon activité indépendante dans le rachat d’actifs immobiliers. »

Désormais, ses activités au sein de l’entreprise familiale, ses projets immobiliers et l’activité pour sa fondation se sont équilibrés, puisque Yann bâtit des ponts pour les relier sur certains projets, par exemple avec son implication dans le coaching d’entrepreneurs sociaux. Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Malgré ses nombreux apprentissages et l’expérience acquise, Yann relève que la bonne marche de sa fondation nécessite une attention et une rigueur de tous les instants : « On éprouve beaucoup de difficultés au quotidien, et j’ai dû prendre le temps d’apprendre. Même après plusieurs années, je suis loin d’avoir tout compris. J’ai peut-être maintenant une meilleure idée de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, mais le monde des ONG n’est pas toujours idyllique. Et il y a trop souvent un grand manque de rigueur. Les associations avec lesquelles nous travaillons sont parfois tentées de faire trop de choses à la fois et perdent leur acuité. Il ne s’agit pas de vouloir faire le bien partout, on ne peut pas tout changer, mais de savoir bien le faire. Je n’ai pas la prétention de dire que notre fondation fait les choses mieux que les autres, mais ma courte expérience m’a montré que nous apportions rigueur et professionnalisme. » Fourmillant d’idées quant au futur de sa fondation et de son implication sociale, Yann se réjouit des domaines qu’il a encore à découvrir, des synergies à mettre en place et des prochains projets
à lancer. « Il n’y a pas de limites de toute façon, les besoins sont immenses. Et je ne suis pas près de m’arrêter. J’ai besoin de rencontrer des gens, de réfléchir à ce que je fais, de me remettre en cause. J’aime rencontrer des entrepreneurs sociaux et des leaders d’associations, passer du temps avec eux, essayer de les comprendre. Cette démarche s’inscrit en cohérence avec une envie de développement personnel. Je reçois bien plus des autres que je ne m’appauvris de ce que je leur donne moi-même.